Paris, 22 juillet 2025
Le 17 juillet 2025 marque un tournant majeur dans les relations entre la France et l’Afrique de l’Ouest. Lors d’une cérémonie solennelle à Dakar, l’armée française a officiellement restitué ses deux dernières installations militaires au Sénégal, mettant fin à une présence militaire permanente dans la région, qui datait de l’indépendance du pays en 1960. Cette étape, qualifiée d’historique par le général Pascal Ianni, chef du Commandement de l’armée française pour l’Afrique, s’inscrit dans une reconfiguration profonde des relations militaires franco-africaines, marquée par la fermeture successive des bases françaises au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad et au Gabon. Désormais, seule la base de Djibouti, située sur les bords de la mer Rouge, reste sous contrôle français.
Une cérémonie empreinte de symbolisme
La restitution des emprises militaires, notamment le camp Geille à Dakar et l’escale aéronautique militaire à l’aéroport, s’est déroulée en présence du général Mbaye Cissé, chef d’état-major des armées sénégalaises, et du général Pascal Ianni. Au son de l’hymne national sénégalais, le drapeau vert, jaune et rouge a remplacé le drapeau tricolore français, symbolisant la pleine souveraineté du Sénégal sur ces infrastructures. « Nous avons le sentiment du devoir accompli », a déclaré le général Ianni dans une interview exclusive accordée à RFI le 21 juillet 2025, soulignant la « relation spéciale et essentielle » entre les armées française et sénégalaise.

Un retrait concerté et stratégique
Ce retrait, amorcé dès mars 2025, s’inscrit dans une volonté de « réinventer les partenariats » avec les pays africains, comme l’a souligné le général Ianni. « Nous devons agir différemment, et nous n’avons plus besoin de bases permanentes pour cela », a-t-il ajouté, mettant en avant une nouvelle approche axée sur la formation et le renforcement des capacités nationales. Ce processus, entamé dès 2011 avec la transformation des forces françaises au Sénégal en Éléments Français au Sénégal (EFS), a culminé avec la restitution des dernières emprises, fruit de « discussions amicales et fraternelles » avec les autorités sénégalaises.
Un tournant pour la souveraineté sénégalaise
Pour le Sénégal, cette restitution représente bien plus qu’un simple transfert d’infrastructures. Le président Bassirou Diomaye Faye, arrivé au pouvoir en mars 2024, a effectué une tournée des sites militaires restitués le 19 juillet, affirmant que le pays en ferait « le meilleur usage » dans le cadre de son Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». « Ces bases ont été tenues pour certaines depuis plus d’un siècle. Leur restitution est un jalon stratégique pour notre souveraineté », a-t-il déclaré, soulignant l’importance de ce moment historique.
Une reconfiguration des relations franco-africaines
Ce retrait s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question de la présence militaire française en Afrique, souvent perçue comme un vestige du colonialisme. Depuis 2022, la France a cédé ses bases dans plusieurs pays du Sahel, face à une montée des sentiments anti-français et à l’émergence de nouvelles influences, notamment russes, chinoises et turques. Le général Ianni a insisté sur la nécessité de « transformer notre approche » pour s’adapter à une « Afrique dynamique dont la jeunesse porte beaucoup d’espoir ». Cependant, des voix critiques, comme celle du sénateur Roger Karoutchi, appellent à une réflexion sur le maintien du lien humain avec les populations africaines, afin de préserver l’influence française dans la région.
Vers une nouvelle forme de coopération
Si la France met fin à sa présence militaire permanente en Afrique de l’Ouest et centrale, elle ne rompt pas pour autant les liens avec le Sénégal. Le président Faye a réaffirmé que la France reste un « partenaire privilégié », et une nouvelle doctrine de coopération militaire, centrée sur la formation, est en cours de définition.
Cette transition, bien que symbolique, soulève des interrogations sur l’avenir des relations franco-africaines dans un contexte géopolitique en pleine mutation.
MISSAOUI Aicha



